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  • Posté le 21 septembre 2021 / 88 visites

Hommage à Robert Jévodan

Nous avons la tristesse de vous informer du décès de notre camarade Robert JEVODAN, ancien Secrétaire Général de la Fédération des Finances CGT.

Robert avait 92 ans.

Jusqu’à la toute fin de sa vie aura été le militant défendant inlassablement les droits des salariés, ne supportant pas l’injustice sociale.

Ses obsèques ont eu lieu hier.

Vous trouverez ci-dessous l’hommage du syndicat rendu auprès de sa famille.

Hommage à Robert Jévodan

Robert nous a quittés le 16 septembre 2021.

Avec lui disparait un ami, un camarade, un militant de la CGT que nombre d’entre nous ont pu apprécier et estimer. Personnellement, je garde le souvenir d’un homme chaleureux, à l’esprit critique, d’une grande culture, et d’une honnêteté intellectuelle qui lui vaudra quelques animosités dans sa vie militante. Toute sa vie, il donnera du sens aux valeurs de solidarité et de fraternité. Il restera fidèle à la CGT et attentif aux évolutions de son syndicat et de la fédération. Retracer brièvement son parcours militant, c’est se replonger dans notre histoire syndicale.

Robert est né à Marseille en 1929. Son père est préposé des douanes, logé à la caserne. Enfant, il y est très tôt à bonne école : les 600 douaniers de la caserne sont en grève en 1936 et Robert dit avoir appris et chanté l’Internationale dans la cour de celle ci. Plus agé, il peut apprécier les avancées sociales du Front Populaire.
Mais les années de guerre le marquent profondément. Il passe les années 44 à 47 à Briançon où il s’engage dans l’Union des jeunesses républicaines de France. Il obtient son bac en 1947 et s’inscrit en fac de droit. Pour financer ses études, il devient surveillant dans un centre d’apprentissage. Il se syndique à la CGT et adhère au PCF. Il participe comme délégué des surveillants à deux congrès nationaux du syndicat des centres d’apprentissage. Ce sont dira t il ses premières expériences syndicales.

En 1952, il est reçu au concours d’inspecteur élève des douanes. Il termine sa licence et est affecté en sortie d’école au bureau de La Chapelle dans le 18ème arrondissement de Paris. Syndiqué au syndicat des douanes « sédentaires », syndicat très minoritaire à l’époque, il devient secrétaire de la section parisienne en 1956 en lien avec la section des douanes « actives ». Le syndicat des douanes actives lui est un syndicat de masse et rassemble 75% des agents des brigades. C’est en 1961 que les syndicats des bureaux et des brigades fusionnent pour devenir le syndicat national des Douanes.

Ses périodes de militantisme au PCF sont assez courtes, Robert préfère l’action syndicale, le débat avec les collègues, les luttes revendicatives. Les responsabilités s’enchainent dans la CGT au syndicat des douanes : en 1962, il est élu membre non permanent du bureau national et en 1964, il devient secrétaire du syndicat national.
Robert souligne dans une interview réalisée en 1995 la diversité des idées et des sensibilités ainsi que le fonctionnement démocratique des sections et du syndicat national.

Les responsabilités s’accumulent : de 1965 à début 1968, il est membre du bureau fédéral de la fédération des finances, il devient secrétaire fédéral en février 1968 chargé des questions revendicatives. Il participe ainsi aux discussions an niveau ministériel avec Debré, Couve de Murville, Chirac et au niveau de la direction du personnel du ministère, en lien avec les responsables des syndicats nationaux. En décembre 1975, il est élu secrétaire général de la fédération. C’est l’occasion de mettre en pratique les principes d’ouverture et de faire vivre la démocratie en interne. Des luttes importantes ont lieu en 1976 aux Finances dans l’unité des fédérations avec des succès revendicatifs marquants. Le travail au secrétariat fédéral est conséquent, passionnant mais épuisant. D’autant qu’il existe dans la fonction publique une structure supplémentaire, l’UGFF, qui est l’interlocuteur syndical pour la CGT au niveau de la Fonction Publique. Le secrétariat fédéral y participe pour rappeler les revendications des agents des finances dans un contexte souvent conflictuel envers les militants vite qualifiés de « réformistes ».
Ces années 70 sont en effet marquées par des débats vifs dans la CGT et la société sur les évolutions du syndicalisme, sur son autonomie par rapport au politique. La CGT est traversée notamment par des débats internes au Parti communiste. Le congrès confédéral de Grenoble en 1978 reflète une réelle volonté d’ouverture avec la préoccupation de faire vivre la démocratie interne, l’unité d’action, préfigurant le souci d’articuler contestations et propositions et de construire des alternatives syndicales avec les syndiqués et les salariés.

Robert est élu membre de la CE confédérale à ce congrès de Grenoble. Signe d’ouverture et promesse d’une analyse plus critique de la situation économique et sociale et d’une démarche syndicale novatrice d’une CGT manifestant son indépendance, soucieuse de réformes internes pour correspondre au salariat et aux changements sociétaux intervenus. La contestation contre ces orientations pourtant votées par la majorité des délégués n’a pas tardé. Robert s’est trouvé au centre de ces débats confédéraux. Ainsi, revenant d’une délégation syndicale en URSS en 1979 avec des impressions mitigées, il fait un compte rendu dans l’action syndicaliste des finances, ce qui le fait passer pour un contestataire aux yeux de certains. Les débats en CE confédérale sont en effet vifs sur de nombreux sujets : questions de politique internationale (Afghanistan, Pologne..), questions d’unité d’action avec les autres confédérations, d’intervention syndicale dans les batailles électorales, ces débats reflètent les interrogations et les doutes des militants même si les abstentions et les votes contre sont peu nombreux lors des résolutions proposées par la direction dans les instances. Robert s’est toujours voulu constructif dans ses positions mais pour lui, les limites de notre démocratie syndicale sont atteintes. En 1980, il quitte le secrétariat général de la fédération et réintègre les services douaniers. Robert reste membre de la CE confédérale jusqu’au congrès de Lille en 1982.

Le retour dans les services, dit il, a été difficile : depuis 1964, les directives européennes s’étaient multipliées et les dispositions nationales avaient elles aussi beaucoup évolué en 16 ans ! De plus, au sein de la fédération et de ses syndicats les tensions ne sont pas apaisées. L’équipe fédérale issue du congrès de Dijon est battue au congrès suivant qui se déroule également à Lille en juin 82. Robert dès lors limite son activité syndicale au syndicat des douanes.
Toute sa vie, Robert a lutté contre les injustices, le sectarisme, promu un syndicalisme CGT affirmant son identité dégagée de toute tutelle politique, porteur de changements et de progrès social. Notre admiration est aujourd’hui à la hauteur de cet enjeu.

Pierrette Crosemarie


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