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  • Posté le 18 décembre 2023.

Clap de fin !

A l’occasion du CSA de la DI des Hauts de France, notre camarade Laurent Ménard, secrétaire de la section de Picardie et coordinateur interrégional a tenu à saluer avec quelques mots son parcours syndical.

Quelques mots ne suffiront pas à honorer le parcours de ce militant exceptionnel à qui nous avons rendu hommage lors de notre dernier conseil syndical national du mois d’octobre. Laurent, comme tant d’autres militants d’exception, a été et restera une boussole pour nos valeurs et notre activité syndicale.
Nous lui souhaitons une excellente nouvelle tranche de vie pour profiter pleinement de sa retraite.

Monsieur le président, mesdames et messieurs représentant l’administration, mes chers collègues représentant les autres syndicats, mes très chers camarades de la Cgt,

Comme je l’ai annoncé, ce comité social d’administration sera mon dernier. C’est pour moi un moment d’émotion mais qui n’est pas de censure. Pour cette circonstance, bien que nous soyons dans le Nord et non pas en Mayenne, j’ai demandé l’aval de mes camarades pour écrire cette missive. Ce sera, comme disait une certaine France, ma déclaration.

Je vais quitter cette errance géographique pour commencer ma petite histoire, celle de mon parcours professionnel et syndical en douane.

Pour éclairer ces quarante-trois années, je vais donc poursuivre cette « déclaration luminaire ».

Natif du Nord, je connaissais un peu les douaniers de la frontière belge sans imaginer qu’un jour je serais des leurs. C’est en 1980, année de mon baccalauréat mais également année où mon père prenait sa retraite, que ma relation avec cette administration allait commencer.

D’abord, début juin, dans la cour du lycée de Fourmies, où deux camarades de classe me parlèrent de leur voisin douanier, chef d’unité de la brigade de cette ville.

N’aimant pas trop l’uniforme et encore moins les armes, ils m’apprirent l’existence d’une branche d’activité de bureau, ce qui me convenait davantage. C’était une possibilité pour moi de trouver du travail.

Puis cette relation continua le premier octobre : je passai l’écrit du concours d’agent de constatation OP/CO.

Ensuite, le 9 décembre matin à Lille pour l’oral d’admission. Cette journée fut d’ailleurs bien remplie, puisque l’après-midi, suite à mon devancement d’appel, je passais à Cambrai mes trois jours pour l’armée.

Cette année 1980, sous l’ère présidentielle de Giscard, allait peut-être sceller mon destin.

En janvier 1981, j’apprenais mon admission en douane à compter du premier février et quelques jours après, mon incorporation au service militaire, à compter du cinq février.
J’étais donc placé en position statutaire « service national ».

Février 1982 marquait ma réintégration en douane. Après un pré-stage à Maubeuge puis le premier mars, un stage initial de deux mois à Lille, Boulevard Carnot ; j’allais vraiment prendre mon envol douanier en mai, en étant affecté à Roissy Charles De Gaulle.

D’un point de vue syndical, après une adhésion à la Cfdt le premier jour de mon pré-stage.
C’est à Roissy, en 1984, que j’ai adhéré à la Cgt.

En 1985, suite à une mutation, je suis arrivé dans la direction de Lille Frontière, au bureau du Risquons-tout.
J’avais envie de commencer à militer et après tout, je ne risquais pas grand-chose à essayer.
C’est en 1986 que j’ai participé à mon premier CTPL en qualité d’expert ; cette réunion était présidée par Monsieur Godignon.

En 1987, suite à la fusion des directions de Lille et Lille Frontière et par conséquence celle de nos deux sections syndicales, je suis devenu le nouveau secrétaire de cette structure réunifiée. J’ai assumé cette responsabilité jusqu’en 1993.

Pendant ces sept années, beaucoup de luttes ont été menées.

J’en évoquerai deux en 1989.
Le 25 mai, un rassemblement de 600 douaniers devant l’école de La Rochelle.
Avec six camarades lillois, nous y étions. La veille de ce jour mémorable, nous avions effectué le déplacement en minibus prêté par Anne-Marie Ferry. Sur l’autoroute et ses nombreuses bretelles, nous pensions à notre ministre de l’époque, Michel Charasse.
L’autre souvenir, le conflit des finances. Les douaniers sont rentrés dans la danse à partir de septembre, rejoignant enfin les collègues des impôts, du Trésor public et des autres secteurs du ministère.
Nous avions bloqué la frontière pendant plusieurs jours et ensuite participé à plusieurs manifs nationales dont la dernière où près de cent mille agents de la sphère finances étaient devant Bercy.

Malheureusement, fin 1992, cette période de sept années fut marquée par l’ouverture des frontières intracommunautaires : un traumatisme, puisque sur la direction de Lille, 480 effectifs implantés furent supprimés.
Le bureau du Risquons-tout, comme d’autres, n’échappa pas à la fermeture.
Sur un site fermé, après six mois de résistance avec une quinzaine de collègues, nous fûmes obligés de demander une mutation.

J’arrivais donc, en juillet 1993, au Port fluvial de Lille au centre de déclarations d’échanges de biens.
Après cette difficile épreuve, j’ai réussi, fin 1993, celle du concours de contrôleur avec une affectation à Laon.
Je ne pouvais plus rester secrétaire de la section de Lille mais devins, fin 1994, celui de la section de Picardie.
Aujourd’hui, pour quelques jours encore, je le suis toujours.

En 2010, je suis devenu le délégué inter-régional et coordinateur des trois sections syndicales Cgt de Dunkerque, Lille et Picardie.

Le quinze décembre sera le vendredi des cendres de cette longue carrière militante en tant qu’actif.

Ces derniers jours, je ne sais pas si c’est à cause de mon troisième prénom, Charles, mais j’ai traîné pour trier mes archives. En le faisant, j’ai redécouvert un nom, celui de Mer, un ministre de l’Économie et des finances de 2002 à 2004 ; j’avoue ne plus trop m’en souvenir.

J’ai repensé également à Monsieur Sapin, c’est de circonstance à quelques jours de Noël, même s’il n’est pas celui qui m’a foutu le plus les boules.

Je vous rassure, je ne vais pas tous les citer, tout simplement parce qu’à mes yeux, ils ne le méritent pas forcément.

Dans la sphère de Bercy, beaucoup d’entre eux se sont servis de leur fonction de ministre comme marche pied pour leur carrière politique personnelle. N’hésitant pas à tenter de nous écraser sans état d’âme pour servir leurs ambitions. Pour certains, ils ont bien réussi leur parcours.

D’autres se sont un peu pris les pieds dans le tapis... le dire, c’est peut-être un peu tiré par les cheveux, mais quand même, ils ont eu ou ont des démêlés avec la justice.
Vous l’aurez compris, d’un point de vue syndical, j’ai, avec certains ministres, un petit contentieux...mais pas spécialement avec celui qui avait oublié de déclarer un compte en Suisse.

Même si je le savais déjà, le classement de mes archives m’a également confirmé les grosses difficultés, pendant ces quarante années, d’établir un véritable dialogue social.
Comme me disait un ami helvète, votre dialogue social est souvent en berne.
C’est malheureusement un triste constat.

Que de réunions institutionnelles boycottées, que de journées de grèves et manifestations, que de légitimes revendications non satisfaites.

Ces revendications sur les salaires, sur les effectifs, sur les missions, sur les conditions de travail, sur la protection sociale, sur les retraites sont répétées depuis si longtemps et reçoivent trop souvent comme réponse, le mépris.

Heureusement, mes archives évoquent aussi des moments de débats, de travail dans la fraternité et convivialité lors des congrès, conseils syndicaux, réunions des sections, assemblées générales de mon syndicat.

C’est tellement important dans la vie syndicale !

Mes archives comprennent également de nombreux témoignages de manifestations locales ou nationales de douaniers, d’agents des finances ou de travailleurs des autres secteurs publics ou privés.
Ah, l’organisation de manifestations ! Certains collègues pensent que c’est un engagement mineur, pourtant je vous assure que l’on va au charbon pour réussir ces moments de lutte.

Enfin, il est temps de conclure ce petit roman pour moi le prétendu poète.

Pour cela, j’ai une pensée pour Jean-Paul Belmondo, Bébel, qui à ses débuts était représentant Cgt des acteurs.
Grâce à Jean-Luc Godard, encore un Suisse, il a connu son premier succès avec « A bout de souffle ».
J’espère en avoir encore un peu pour évoquer ma dernière crainte, l’avenir de notre administration.

En plus de quarante ans, j’ai vu l’évolution à la tête de la direction générale : aujourd’hui, parmi les hauts cadres, il y en a de moins en moins qui ont la fibre douanière. Cette gangrène m’inquiète.
Même si j’ai parlé de 3 suisses, c’est cette situation que je redoute le plus.

Voilà, Monsieur Richard, j’ai fini le récit de ce voyage dans le passé, j’espère avoir un cœur de lion pour voyager encore un peu dans l’avenir.

Pour 2024, je sais que je garderai également ma flamme du combat auprès de mes camarades actifs, j’espère pour cela avoir une forme olympique.
Je suis juste sûr d’une chose, c’est que le premier janvier, en pensant à un vieil ami franco-sénégalais de feu mon père, je me tire ailleurs...

Laurent Ménard


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